Steven Wilson (Porcupine Tree, Blackfield, No Man etc…) est franchement quelqu’un de bien. Non, je ne le connais pas personnellement, simplement qu’en plus de composer de la musique de qualité (son dernier album solo est franchement magnifique), le bougre a également des goûts musicaux pour le moins intéressants. C’est donc avec la plus grande attention que j’ai parcouru son «top 2011» jusqu’à tomber nez à nez avec ce groupe, annoté par le maitre comme suit : « imagine Trent Reznor producing Sunn O))) » Il ne m’en fallait pas plus pour me jeter là dessus tel un mort de faim…

 

Necro Deathmort… Le moins que l’on puisse dire, c’est que le patronyme de ce duo anglais composé de Matthew Rozeik (Astrohenge) et AJ Cookson est indéniablement original/ridicule/génial, selon votre sensibilité. Il n’est toutefois pas hors de propos, loin de là. Ces trois sons de cloche décrivent on ne peut mieux la musique tout à fait singulière du duo londonien. Alors que l’on s’attend à du Black Metal des cavernes teinté d’ultraviolence, le groupe nous prend complètement à contre-pied en choisissant la violence noire, celle qui bouscule, celle qui laisse une marque indélébile sur vos émotions, votre expérience. Après la sortie de «This Beat Is Necrotronic» en 2009 qui fixait les bases de l’expérimentation à la Necro Deathmort, le duo nous revient en 2011 avec  «Music of Bleak Origin», prêt à en découdre avec votre âme.

Attention toutefois, malgré les apparences, la musique du groupe reste tout à fait accessible. En effet la durée des morceaux ne dépasse pas 7 minutes pour le plus long et en moyenne 4 à 5 minutes.
On se promène dans un paysage désuet, la décomposition matérielle inéluctable. L’on parle souvent « d’album de la fin du monde », à tort et à travers parfois, mais admet-on le, cette expression sied Necro Deathmort à ravir. Des rythmiques lentes et organiques jonchent l’album tels des cadavres déposés aléatoirement ci et là sans crier gare. Nous sommes balayés au gré de compositions dotées d’un éclectisme charmeur. Un voyage lugubre nous est présenté aux confins du Drone et de l’Indus.

Premier coup de cœur de l’album : « Temple of Juno ». Un rythme lent, lourd, accompagné d’une voix fantasmagorique surplombant la marche infernale imposée. C’est efficace, au croisement du rêve et du cauchemar, avec ces guitares aériennes survolant cette machinerie dantesque. Ce morceau résume parfaitement ce dont le groupe est capable : nous emmener toujours plus aisément dans cet état de semi transe où chaque riff, chaque beat, chaque montée en puissance se révèlent d’une puissance incroyable.

Il est indéniable qu’à l’écoute de l’album plusieurs influences viennent facilement à l’esprit, sans pour autant devenir un album quelconque de reprises qui s’avèrerait franchement ennuyeux. Non, ici-bas, on se retrouve à côtoyer la lourdeur Dronesque d’un Earth des premiers jours, « überlord »  ou « In Binary ». Egalement un shoegaze noisy sur « For Your Own Good » où la voix éthérée du chanteur domine une rythmique puissante et indomptable. On y perçoit les rythmiques abstract hip hop à la dälek, parsemées de sons industriels de très bon aloi dans «Devastating Vector» où la lourdeur monolithique du groupe est impressionnante ; sans évoquer le break à la limite du dubstep qui met un point d’honneur à nous achever, sans pitié. L’accumulation des genres pourrait facilement être mise en cause à la lecture de cette chronique. Cependant il n’en est rien, le groupe enfile les perles et crache son venin dans un maelstrom parfaitement maitrisé. Preuve en est une fois encore avec « Blizzard » et son approche Electro-Indus bien sentie qui vous engloutira à n’en pas douter.

Arrêtons nous enfin sur les deux dernières « chansons » de l’album qui, selon moi, vont de paire. « Heat Death of Everything ». Il n’y a pas titre plus évocateur que celui là. La lourdeur étouffante à son paroxysme, des cris inhumains nous parviennent indéfiniment et nous collent à la peau telles les braises d’un feu incandescent. La souffrance, ce rythme caverneux dantesque nous entraine dans son sillage et ne nous lâche plus. On reste là, hypnotisé, sans mot dire, sans espoir, tiraillé par les distorsions, écrasé par la puissance industrielle dans la lignée d’un Godflesh période Streetcleaner. Tout ici n’est que mort et décomposition. Vient finalement « Moon » qui, après l’obsédant passage à tabac que l’on vient de subir, nous prend par la main dans son univers Dark Ambient, où vagabonde notre âme aléatoirement au gré des vents sur les terres désolées du massacre qui vient de se produire. Etouffant.

 

Si vous êtes amateur de musique sombre ambiancée et que les références citées dans cette chronique vous sont familières, n’hésitez pas une seule seconde, Necro Deathmort est un gouffre d’influences superbement digérées qui vous emmènera dans des contrées apocalyptiques, où la noirceur est légion, l’atmosphère insaisissable et l’asphyxie totale. A noter également que le duo sortira un nouvel album en cette année 2012, vous savez ce qu’il vous reste à faire…

 

Extraits:

Temple of Juno

Devastating Vector

Blizzard

L’attention des lecteurs aux goûts éclectiques et avides de grosses baffes dans la tronche est expressément réquisitionnée, pour votre propre bien mental et, accessoirement, pour ne pas mourir idiot. Effectivement, aborder un groupe de metal avant-gardiste hongrois instigateur de machines à mandales qui s’étalent parfois sur une vingtaine de minutes, ce n’est pas à la portée du premier fan de David Guetta. Thy Catafalque nous vient donc de Hongrie, fondé en 1998 par Kátai Tamás et János Juhász sur les cendres de Gire, groupe d’avant-garde metal (tiens tiens) auteur d’un unique album. Le groupe sort une démo puis deux albums de black-metal atmosphérique où les envies d’extravagances de ses auteurs pointent déjà le bout de leur nez. C’est en 2004, avec « Tûnõ Idõ Tárlat« , que Thy Catafalque pose la première pierre de son édifice, qui deviendra plus tard l’un des meilleurs représentantz de la scène avant-garde mondiale. Rien que cela, oui. Viennent ensuite en 2009 « Róka Hasa Rádió » et plus récemment, le 11/11/11, le petit dernier « Rengeteg« .

La musique de Thy Catafalque n’est pas aisée à décrire ; elle possède en effet plusieurs visages, plusieurs empreintes, des masques qui s’échangent et s’interchangent en permanence sous nos yeux ébahis. Sur « Tûnõ Idõ Tárlat » ainsi que « Róka Hasa Rádió« , le groupe suit un schéma assez similaire, commençant à chaque fois par deux longs morceaux, le premier d’une dizaine de minutes habituellement dantesques « dans ta face », et le second d’une vingtaine de minutes, entre cavalcades épiques et passages ambient. Le dernier album en date, « Rengeteg« , déroge un peu à la règle tout en respectant le schéma, la seule différence étant que le morceaux le plus long ne vient pas en deuxième position mais en cinquième et qu’il ne fait « que » quatorze minutes.

Le premier pas du groupe dans l’avant-garde assumée et revendiquée est donc l’album « Tûnõ Idõ Tárlat« , sorti en 2004. Cet album est sans conteste le plus « froid » du groupe, l’utilisation de l’électronique œuvrant pour beaucoup pour ce ressenti. L’album démarre en trombe avec « Csillagkoho » et son riff ravageur qui met les pendules à l’heure. Ce morceaux accrocheur en début d’album est une bénédiction et ne donne qu’une envie : se jeter sur le reste de l’album. Comme nous l’évoquions, le groupe est également expert en longs morceaux épiques qui font passer une vingtaine de minutes pour quelques secondes.

« Neath Waters« , par exemple, une pièce incroyable de 18 minutes totalement épique et monumentale : cette touche électronique incroyablement bien distillée nous transporte dans cette scène hallucinée de « 2001, L’Odyssée de l’Espace« , un tunnel intergalactique coloré au milieu d’un espace noir sans fond ni matière nous projetant d’une dimension à l’autre, à la croisée de l’univers et du temps. On ne comprend pas forcément ce qui se déroule, mais on est là, pantois devant tant de créativité, d’originalité, voire de génie. L’aspect épique du morceau est gargarisant et vous donnera envie de brandir votre poing en rythme jusqu’à vous donner des crampes insoutenables. Il va sans dire qu’il s’agit ici de mon morceau favori du groupe, et de l’un de mes morceaux favoris tout court.

Le reste de l’album poursuit sur la même lancée grandiloquente : « Bolygó, Bolyongó » et son début technoïde complètement fou, « Kek Eg Karavan » et sa texture ambient réjouissante, ou encore « Zapor » et sa voix féminine pénétrante, qui repose les esprits entre deux bombardements. Ce premier album quelque part entre envolées lyriques, rythmes tribaux et black-metal électronique de haute volée, fait donc entrer Thy Catafalque dans la cour des grands et démontre avec brio ce que les gaillards ont dans le ventre.

Seulement, le génie créatif du groupe ne s’arrête pas là, et leur permet de naviguer sur tous les flots, ; nous nous retrouvons ainsi, tantôt errant dans une forêt hongroise humide, relique du passé black-metal du groupe, tantôt dans un univers post-apocalyptique où tout n’est que noirceur moderne et décrépitude.

« Róka Hasa Rádió« , sorti en 2009, explicite encore plus ce génie créatif en délivrant une fraicheur folklorique, grâce à l’apport de mélodies à la flûte imparables, mélange de promenade matinale en forêt et de découverte d’un campement elfique dansant autour d’un feu de joie. Ce n’est pas le morceau le plus long de l’album (et de leur discographie), du haut de ses dix-neuf minutes, qui me contredira. Bien au contraire, « Molekuláris Gépezetek » est la définition même de la musique du groupe, ou comment devenir observateur privilégié d’une forêt tout droit sortie de chez Tolkien, en ébullition, sur Neptune. L’aspect planant du groupe est ici à son summum, avec ses mélodies guillerettes et ses nappes de claviers hypnotiques qui rendent le LSD obsolète sur plusieurs minutes, avant de déclencher la machine à riff et de nous finir à la moissonneuse-batteuse.

Le groupe a donc décidé d’opter sur cet album pour une direction plus « folk », toutes proportions gardées bien évidemment. La déferlante de riffs assassins est toujours présente, ainsi que les morceaux de bravoure électro-black-metallisés. Seulement, les mélodies imparables sont bien plus récurrentes, et apportent un côté folklorique non négligeable à la musique de Thy Catafalque. L’utilisation des claviers est sensationnelle, comme toujours, à l’origine de la fraicheur et de la diversité au milieu de cette déflagration sonore. Ils sont également instigateurs de mélodies imparables qui donnent cette touche accessible si particulière, moins présente sur l’album précédent; car, même s’il s’agit de metal avant-gardiste, classification effrayante pour les non-initiés, le groupe reste malgré tout à la portée de n’importe quel amateur de metal un tant soit peu ouvert d’esprit.

« Köd Utánam« , un hit en puissance, en est le parfait exemple, et démontre tout le savoir-faire du groupe. Ce côté « tubesque » représente donc une nouveauté pour Thy Catafalque, toutefois sans jamais tomber dans la facilité qui donne des crampes d’estomac. « Ûrhajók Makón« , quant à lui, se montre doux et docile, fragile montée en puissance jusqu’à l’abandon total aux claviers lancinants martelant l’empreinte électro toujours présente du groupe. « Õszi Varázslók » est également un merveilleux exemple de retour au black atmosphérique, avec ces nappes de claviers couplés à un chant clair incroyablement maitrisé et un chant black terrassant. Des exemples comme celui-ci se retrouvent sur la majorité des morceaux, le groupe nous invitant au voyage dans des tracks plus aérées que celles de son prédécesseur, mais toujours aptes à nous faire bouger la tête et taper du pied sans relâche.

Sur « Regneteg« , le petit nouveau, le groupe devient one-man-band. En effet, Kátai Tamás prend seul les commandes du navire tout en faisant appel à des invités, Attila Bakos (Woodland Choir) qui s’occupe de ce magnifique chant clair, et Ágnes Tóth (The Moon and the Nightspirit) qui est à l’origine du chant féminin. Kátai a décidé d’opter pour un son plus direct, sans pour autant perdre la qualité inhérente des compositions. La différence la plus notable étant la durée des morceaux, drastiquement réduite puisque, contrairement aux albums précédents sur lesquels la durée moyenne était d’environ six ou sept minutes, plusieurs morceaux ne dépassent pas les trois minutes.

Le groupe souhaite donc se montrer sous un nouveau jour, plus efficace, tout en gardant sa singularité. En effet, rassurez-vous, les mélodies sont toujours aussi efficaces et les riffs toujours plus ravageurs. La marque de fabrique du groupe reste intacte et deux morceaux fleuves parcourent toujours l’album. Le premier morceaux tout d’abord, « Fekete Mezők« , véritable monstre épique et hymne au headbanging, un des morceaux les plus entrainants qu’il m’ait été donné d’écouter. Ce premier riff donne simplement envie de se lever et de tout saccager autour de soi avec un gros sourire débile, neuf minutes de bonheur à l’état pur.

Sur cet album, Thy Catafalque a décidé de se séparer de l’omniprésence du côté folk de l’album précédent pour se concentrer sur l’efficacité. Les claviers, discrets mais bien présents, remplissent toujours leur rôle à la perfection, donnant à cette avalanche de riffs et de brutalité une fraicheur nécessaire, pour ne nous donner envie que d’une chose : appuyer sur Repeat. Des morceaux tels que « Kel Keleti Szél » ou « Trilobita » sont de véritables petites bombes d’énergie et d’efficacité qui raviront petits et grands. Le groupe n’oublie pas pour autant complètement son côté folk lunaire/ambient, en nous distillant des mélodies imparables et magnifiques ; « Kő Koppan » peut en témoigner, ainsi qu’une partie du morceau de bravoure « Vashegyek« , où la voix d’Ágnes Tóth résonne entre deux riffs de mammouth. Relevons également le dernier morceau de l’album, « Minden Test Fű« , où la batterie devient complètement folle et vous laboure le crâne sans aucune compromission. Il s’agit certainement d’un des morceaux les plus violents du groupe, digne représentant de ses racines black-metal et monstre d’efficacité.

 

Thy Catafalque est un voyage hypnotique aux confins d’un psychédélisme brutal et épique, véritable vaisseau conquérant le monde des émotions et des rêves hallucinogènes. Le groupe nous mène par le bout du nez dans son univers de noirceur et de couleurs. Maelstrom des Cavaliers de l’Apocalypse et de Tolkien, le parcours du groupe est un sans-faute insolent qui n’attend qu’une chose désormais : vous.

 

Extraits:

Csillagkoho (Tûnõ Idõ Tárlat, 2004)

Köd Utanam (Róka Hasa Rádió, 2009)

Fekete Mezok (Rengeteg, 2011)


Qui a dit que ces dernières années ont été pauvres musicalement ? Certainement pas moi. A l’écoute de ce premier album de Fever Ray, il m’est impossible d’évoquer une telle ineptie. Expatriée de son groupe principal nommé The Knife, la suédoise Karin Dreijer nous invite dans un voyage sensoriel hors du commun,  pour notre plus grand plaisir. La musique de Fever Ray est organique, un véritable petit miracle en ces terres polluées par les Gaga et autre BB. Un joyau brut sorti de nulle part, entre élucubrations électroniques et retour aux basiques de l’être. Cette contradiction est à l’origine de ma fascination pour cet album, comment associer divinement bien une musique moderne à la Bjork à des percussions tribales primitives ?

Ce disque est froid. Si vous en quête de bonne humeur et autres sucreries radiophoniques, passez votre chemin. Ici, tout est de glace. La bande son de vos cauchemars ressemblerait sans nul doute à cela.  Une atmosphère poisseuse mais qui cajole, un petit cocon glacé où il fait bon s’enfermer, loin de tout, loin de tous. La délicatesse domine, au même titre que le malaise. Dire que l’on aime cela pourrait paraître tout à fait masochiste, mais dans ce cas quel bonheur de se faire mal avec Fever Ray.  Une véritable artiste, à contre courant de la musique actuelle, qui délivre un album fascinant de bout en bout, sans temps mort ni imperfection. Les atmosphères lugubres et cauchemardesques de David Lynch apparaissent comme une évidence au fur et à mesure de l’écoute. Karin Dreijer nous embarque dans son monde mystérieux et futuriste, là où l’introspection et les péchés voltigent, esprits fantasmagoriques et désenchantés. Cette voix si singulière pour seul repère au travers de ces dix constellations, le chemin de l’auditeur se trace selon son vécu, selon ses souffrances, selon l’état de votre intériorité. La déshumanisation au service de votre introspection. Dérangeant, n’est-ce pas ?

La transe se fait toute seule. Votre cœur bat la chamade. Les beats prennent votre pouls et s’y accommodent. Cette musique est organique, vitale. « If I Had A Heart » entame le voyage, votre vision se brouille, votre cœur aussi. « If I had a heart I could love you, If I had a heart I would sing, After the night when I wake up, I’ll see what tomorrow brings » clame la voix grave de la suédoise. Celle-ci vous embarque pour ne vous relâcher qu’au bout de ces cinquante minutes de rite vaudou. Malgré tout, au travers de cette noirceur édifiante, quelques bribes de luminosité font leur apparition au détour d’un clavier enchanté, d’un rythme plus soutenu, le tout magistralement porté par la voix plutonienne de Karin Dreijer. « When I Grow Up » voire « Seven » gardent un aspect «pop » tout en restant lugubres. Là réside le charme de cet album, où comment rendre le noir Beau, la mort douce, le cauchemar vital. Je vous avouerais que je ne m’attendais pas à une telle surprise en écoutant ce disque. C’est tellement beau, tellement loin de toute production actuelle qu’il en est devient  difficile d’apprécier  immédiatement le contenu de ce disque fabuleux. Ces univers travaillés à fleur de peau ne sont en effet pas à mettre entre toutes les mains, le LSD devenant obsolète après l’écoute d’une telle œuvre. La production est saisissante de réalisme et de proximité avec l’auditeur. Condition nécessaire pour permettre aux sons de la suédoise de vous envahir. Tout est velouté, enfumé, cela laisserait presque l’impression que l’on peut toucher du doigt ces métamorphoses auditives.

Pour ma part, aimer cet album fut une véritable évidence. Difficile de mettre d’y mettre une date, difficile également d’y coller une étiquette, le voyage est aussi unique qu’un être. La Suède était déjà reconnue comme terre d’accueil de magnifiques formations avant-gardistes et métalliques, cet album représente donc une nouvelle pierre à l’édifice. Je recommande ce disque à tout amoureux de Musique, la vraie, celle qui touche et qui nous rend vivant. Un voyage initiatique au milieu de vos sens et de vos pensées, la quête qui nous anime tous, sans aucun doute.

Extraits:

If I Had a Heart

Seven

Keep The Streets Empty For Me 

En ce 21ème siècle, la chute des héros est rude. En effet, quid des groupes des années 80/90 capables de remplir les stades lors de tournées à n’en plus finir ? Aujourd’hui  seuls quelques vieux brisquards de cette époque glorieuse pour le Metal et le Hard Rock parviennent encore à remplir les plus grandes salles, Metallica étant les meneurs incontestés. Je suis sans conteste nostalgique d’une époque où la musique agressive n’était en aucun cas tabou et où il était possible de rencontrer un groupe de Metal sur M6 ou Canal +. Que peut-il bien manquer aux groupes d’aujourd’hui ? L’originalité des ainés ? Un manque d’intérêt générationnel ? Un effet de mode ? Il est fort probable que la raison de cette déchéance réside dans chacun de ces facteurs. Néanmoins, dans tout ce marasme commericalo-commerical, un groupe est en passe de devenir incontournable à mes yeux pour les années à venir, il s’agit de Baroness.

Pour beaucoup d’entre vous ce groupe est très certainement inconnu au bataillon, et cela est bien normal étant donné la couverture médiatique française très faible (qui a dit inexistante ?) pour ce groupe et plus généralement pour la musique Metal. Toutefois il serait malheureux pour tout amoureux de musique puissante, ainsi que de musique au sens large de passer à côté de cette formation américaine originaire de Savannah. Baroness rassemble les fans de plusieurs genres guitaristiquement chevelus tout en mettant en avant son amour pour la mélodie et la belle musique. Cette constatation n’est qu’évidence à l’écoute des 44 minutes vertigineuses du « Blue Record », deuxième album de ces américains surdoués. Mais alors que peut bien avoir ce groupe de plus que les autres ? Qu’est ce qui les rend si « différents »?

Peut être simplement ce qui manque cruellement aux groupes de nos jours : l’originalité. Car oui, au 21ème siècle il est toujours possible d’enchainer les riffs assassins tout en restant mélodique et original. En effet, Baroness est un groupe singulier à plus d’un titre. La base tout à bord : un hard/heavy du bayou, la guitare se faisant tantôt lourde, tantôt légère, telle une brise soufflant sur un marécage  puant aux confins du sud des Etats Unis. Un sens du riff impressionnant,  des guitares agressives, sans concession. Baroness, c’est également une voix : celle de John Baizley, rocailleuse, claire, plaintive voire désenchantée, l’homme sait comment manier son bel organe.

L’album commence par « The Sweetest Curse » parfaite mise en bouche de la déferlante rythmique qui suit. L’efficacité au service de l’émotion, cette singularité qui provoque ce sourire béat à l’écoute de l’album. La suite de l’album est un véritable enchainement de « tubes » heavy rock. (Ne pas voir par là l’aspect négatif du mot mais bel et bien le côté entrainant et novateur). Car l’album n’est pas constitué que de titres brutaux, ces mecs savent également manier la guitare acoustique, pour notre plus grand plaisir. La profondeur lyrique de certains morceaux est frappante, autant dans la musique que dans les paroles, très belles toujours aussi délurées, parlant parfois de la bible, parfois d’histoires inventées tout à fait saisissantes. De quoi casser les préjugés : on peut être barbu et boire de la bière tout en restant poète et d’une grande sensibilité.

Que dire de la magnifique intro « Bullhead’s Psalm » toute en finesse. Sans oublier les interludes, notamment « Steel that Sleeps the Eye » annonciatrice du meilleur morceau de l’album selon moi : « Swollen and Halo ».  Mes amis, quel groove !  Une basse très présente, une rythmique géniale au service d’envolées lyriques dignes d’un Metallica des grands jours. Un morceau progressif dans sa construction sans être rébarbatif, ces 6minutes 35 là valent de l’or et l’achat de l’album à elles toutes seules. L’album continue avec «A Horse Called Golgotha » véritable déferlante de riffs plus assassins les uns que les autres, et glorifiée d’une paire de solo tout simplement énorme, la rapidité et l’efficacité pour le premier, et la lourdeur pour le second. La tension y est intense, de la jouissance à l’état pur. La technique du quatuor est palpable, mais ici point de démonstration inutile, chaque instrument est au service du collectif, et quel collectif…

Comment ne pas être dithyrambique à l’écoute d’un tel album ? Gardons en vue, en plus de la qualité technique et mélodique du quatuor, les magnifiques pochettes peintes par Monsieur John Baizley en personne. Toutes plus énigmatiques et inspirées les unes que les autres, celle de ce Blue Record est simplement magnifique. Le plaisir de jouer pour jouer, d’aimer la musique pour ce qu’elle est et non pas pour ce qu’elle rapporte. Ces mecs aiment ce qu’ils font et le font bien. Une chose que beaucoup de groupes oublient de nos jours. Alors certes oui, Baroness évolue, abandonne quelque peu les envolées psychédéliques présentes sur le Red Album pour se concentrer sur l’efficacité et la dynamique d’un Blue Record endiablé de bout en bout. Vous êtes en quête de musique mélodique, puissante et originale ? Mais bon sang, éteignez votre radio et ruez vous sur Baroness, certainement un groupe majeur en devenir.

PS : S’ils passent près de chez vous, n’hésitez pas une seule seconde, les chansons prennent une toute autre dimension et ces mecs assurent autant en live qu’en studio, nouveau fait rare de nos jours.

Extraits: 

The Sweetest Curse 

Swollen And Halo 

A Horse Called Golgotha

La musique électronique telle qu’elle est connue dans notre société TF1nisée reposerait donc sur les épaules d’un certain David Guetta, joyeux luron frenchie qui se pavane d’île en île distribuant amour et gaieté sur des rythmes sucrés aux clameurs affligeantes.  J’ai envie de dire non, surtout pas. Ne pourrions-nous pas déguster un album d’éléctro confortablement installé, au calme, sans avoir une tête de surfeur décérébré nous implorant d’observer à quel point la demoiselle bouge son arrière train de façon incroyable ? La musique électronique, la vraie, celle qui saisit et qui sublime se cache souvent là où on l’attend le moins. Par exemple chez un jeune homme New Yorkais d’origine chilienne de 21 ans qui distille sa musique évangélique sous couvert de basses pernicieuses et camouflées. Un petit génie.

Quelle magnifique surprise en cette année 2011 que l’album de Nicolas Jaar. A l’heure où les beats affiliés discothèque côtoient les voix les plus sucrées imaginables dans la seule optique de vendre des palettes d’album, Nicolas Jaar lui décide de nous prendre par la main dans un univers sombre et sans concession, sans pour autant perdre un sens du rythme hallucinant. Cet album c’est une boîte de chocolat que l’on découvre et ouvre avec hésitation, on regarde autour de nous, personne ne regarde, c’est bon. On aimerait pouvoir garder ce petit trésor pour soi, ne le partager avec personne car s’inscrit sur ces pistes la bande originale de vos peines et de vos joies, sans pause publicitaire. L’enchainement des chansons est si pointilleux qu’il en est difficile de savoir quand l’on passe d’une chanson à l’autre, ce qui accentue cette sensation de vivre quarante cinq minutes d’un véritable film musical. L’écoute de cet album vous plonge littéralement dans un univers de velours, une caresse molletonnée salvatrice. La production de l’album est excellente, les beats nous atteignent en plein cœur et les mélodies en sortent magnifiées.

Les beats justement, animent et bercent sans pour autant perdre leur authenticité rythmique. La vocation dansante de l’album n’est donc pas en reste, notamment sur plusieurs titres phares qui doivent s’avérer terriblement efficaces en live (« I Got a Woman« , « Specters of the Future« , « Variations« ). Ces beats si particuliers sont véritablement un des points forts  de l’album. Jamais exagérés ni surproduits, ils engagent et libèrent, sans jamais en faire trop. De fait, l’écoute procure la même sensation que de pénétrer dans une pièce obscure et inconnue, on avance à pas de loup, chaque seconde synonyme de découverte, on se perd puis on reconnaît, nos sens sont en exergues. Space Is Only Noise reflète cette plongée au cœur d’un environnement chaleureux et mélancolique par ce downtempo salutaire et à contre courant des modes actuelles. Nous sommes invités à suivre l’artiste dans son spleen dansant au groove incroyable du haut ses vingt et un ans. En effet, ce jeune homme nous délivre ici un coup de maître de maturité et de maitrise avec, rappelons-le, ce qui n’est que son premier album.

A la croisée du jazz, de la soul, de la pop ambient et de la minimal house, Mr Jaar envoi un pavé dans la marre qui marquera mon année 2011 à coup sûr. Des titres au tempo ravageur tels que « Too Many Kids Finding Rain In The Dust », « Space Is Only Noise If You Can See » ou « Variations » en passant par des titres plus obscurs et ambiancés tels que le magnifique «Être » où il utilise des répliques de Jean-Luc Godard, mais encore « Keep Me There », ou un « Balance Her In Between Your Eyes » bouleversant. Nicolas Jaar joue avec sentiments et émotions, nous emmène là où il fait bon vivre. Ce disque est une introspection au cœur de l’inconnu et du bien être, un spleen urbain qui comblera vos longues soirées d’hiver. Toujours avec une subtilité déconcertante, nous sommes ballotés des larmes au rire sans compromis ni temps mort.

Alors bien sûr il pourrait lui être reproché un excès de zèle, peut être une certaine prétention pour son jeune âge. Mais je ne suis pas de cet avis là, Mr Jaar sait ce qu’il fait et il le fait (formidablement) bien.  A l’image de ce terrain vague grisâtre et déserté, il délivre un son épuré et écorché, toujours dans une optique fatalement dansante pour l’auditeur.
Plongez au cœur de cet album, baissez la garde et laissez Nicolas Jaar vous emmener dans son monde fait de sentiments merveilleusement humains, loin des mélopées house indigentes des plages de Miami ou de St Tropez.

Extraits:

Too Many Kids Finding Rain In The Dust 

Specters Of The Future

Keep Me There

Imaginez… Un brouillard. Un brouillard dense, glacé, sans oxygène, inhumain. Un brouillard si dense et bouleversant que vos sens eux-même s’en retrouvent troublés : asphyxiés. Il vous enveloppe, vous prend au piège, vous souffrez, vous suffoquez, mais… sans l’avouer sur l’instant : vous aimez ça. Joy Division, ou le groupe qui, en l’espace de deux albums, 1979 pour Unknown Pleasure et 1980 pour Closer, révolutionna la musique sombre, incarnation même d’une musique non-violente dans les faits, mais absolument dévastatrice pour l’esprit. Le temps s’arrête l’espace de 40 minutes : vous plongez dans cet univers dégueulasse, froid,  sans vie bien qu’envoûtant à l’extrême.

Ecouter Joy Division c’est être masochiste. Aimer torturer son esprit, aimer se mettre dans un état hors du commun, hors de la société, hors de tout, hors de vous.  Savoir lâcher prise, se laisser porter par ce brouillard enivrant qui vous transporte aux confins de votre inconscient. Mieux que toute substance illicite, la musique de Joy Division  est une véritable thérapie. Dès les premières secondes de Unknown Pleasure et la batterie frénétique de Disorder, le malaise s’installe. Cette noirceur si singulière, propre à ce groupe, s’empare de vous pour ne plus jamais vous lâcher. Malgré tout, le chaos y est confortable. Et c’est là que réside tout ce paradoxe qui fait la force du groupe. Cette tristesse qui découle des compositions peut être tout à fait salvatrice. Mélange de nostalgie et de mélancolie, état second qui pousse à la remise en question.

Car Joy Division, c’est d’abord et avant tout un chanteur : Ian Curtis. Comment ne pas parler de cet homme ? Leader charismatique d’un groupe destiné à trôner sur le monde du Post-Punk et de la Cold Wave, l’univers terrifiant du groupe repose sur ses textes et sa voix. Cette voix toute droit sortie du néant : glaciale, grave, la même sensation d’urgence, d ‘éphémérité qui colle à la peau de la formation de Manchester. Le chant n’est pas beau, et il n’est pas là pour ça. Il reflète cette détresse, ce désarroi qui réside dans les textes. Ces textes justement, de véritables diamants, d’une poésie sombre que nombres d’artistes ne créeront jamais. Les thèmes sont souvent les mêmes : le rejet de ce monde, le désespoir, « A loaded gun won’t set you free… so you say » clame-t-il dans New Dawn Fades.

Une des chansons qui les a fait connaître : She’s Lost Control. Toujours plus sombre, le brouillard se fait de plus en plus dense. Un faux rythme, une musique bruitiste, une voix écorchée venue des profondeurs de l’âme, chacun jouant de son côté.. Shadowplay : un rythme assez soutenu, apparition d’un solo de guitare, sensation de légèreté qui ne dure que quelques secondes, le duo basse/batterie frénétique repart de plus belle. L’album se conclu par I Remember Nothing, une nouvelle fois terrible, la corde se nouant de plus en plus, le brouillard prenant définitivement le contrôle. Plus rien n’est perceptible, un verre se brise, la voix de Curtis nous envahit, nous donne le coup final. « We were strangers » profane-t-il dans de longues plaintes telle une fatalité déchirante. Le rythme est lent, la basse discrète mais essentielle. On étouffe, tant de rage contenue depuis le début, ici tout explose de l’intérieur rien ne résiste, les larmes coulent. Une telle noirceur ne peut être humaine, et pourtant, cette chanson à l’image du groupe, est le plus pur reflet de tout ce qu’il peut y avoir d’inhumain dans l’humain.

Ce n’est pas important si vous ne vous souvenez pas de ces plaisirs inconnus, cela est même inutile. Votre âme s’en chargera pour vous.

Extraits:

Day of the Lords

She’s Lost Control

I Remember Nothing

Une carrière comme celle de Nick Cave a de quoi faire rêver. L’homme a parcouru le monde au travers de ses différents navires avec l’aide de différents équipages : de Warren Ellis en passant part The Bad Seeds et j’en passe. Grinderman 2 est donc le dernier album d’un projet assez récent entamé en 2007 avec l’album éponyme : Grinderman .

Ce loup hargneux et menaçant sur la pochette représente tout à fait l’univers de ce disque ; tour à tour boueux, sale, désillusionné et puissant. Nous avons ici affaire à un blues des marais servi par des guitares tranchantes aux riffs assommants, des lignes de basses jouissives et bien évidemment le chant reconnaissable entre mille de Nick Cave.  Du haut de ses 53 ans l’australien garde la pêche et a résolument envie d’en découdre sur ce disque. « Mickey Mouse and the Goodbye Man ». On peut dire que les gaillards savent comment entamer un disque. Une introduction discrète à partir de petites notes bluesy puis tout à coup, la basse, monstrueuse, fait son apparition. Un rythme terriblement efficace et entêtant vous englobe ; l’envie de bouger, de secouer la tête, de taper du pied et de crier partout est alors plus forte que tout. La batterie fait son apparition, d’abord discrète, au même titre que la voix de monsieur Cave. La guitare prend de plus en plus d’importance, assenant ses petits riffs incisifs. Enfin vient le temps de la montée en puissance, la batterie s’en mêle, la guitare occupe la place centrale, Nick Cave assume des ‘aouh’ vindicatifs pour ensuite laisser place à la déferlante de riffs et le martèlement incessant des futs. C’est parti pour presque 41 minutes de pur orgasme auditif.  Avec une telle introduction comment aurait-il pu en être autrement me diriez-vous ? Et bien entendu vous auriez raison.

La suite est tout aussi formidable, alliant les morceaux de bravoures tous plus beaux les uns que les autres. Les mecs en ont encore sous la semelle et ils comptent bien nous le prouver. « Worm Tamer » sa lourdeur et ses chœurs nous transportent dans un autre espace temps, l’australien martelant ses « I guess I loved you for too long, for too long », entêtant. Ce disque est un voyage dans les genres : allant du garage rock au punk, du hard rock au blues, c’est un véritable voyage initiatique au pays du riff auquel nous avons droit ici. « Heathen Child » : une nouvelle fois une ligne de basse impressionnante, dominatrice sous des traits simplistes. « She’s the heathen child » clame-t-il, dédaigneux. La hargne est ici lancinante, à chaque note la montée en puissance se fait de plus en plus lourde, laissant la place au refrain et ses « heathen child » indéfiniment martelés. Le psychédélisme transpire. La basse nous encercle, la guitare nous achève. Teintée de petites touches une nouvelle fois bluesy, elle se veut accompagnatrice d’un éclat marécageux qui blesse. La fin bruitiste finit de creuser notre caveau, grogui que nous sommes. Les 6min48 de « When my baby comes », réminiscence de la période « Bad Seeds », sont tout bonnement magnifiques. Violentes, tantôt posées, tantôt hallucinées, le groupe nous embarque avec eux, très loin. Les nappes noisy et psychédéliques sont des vecteurs remarquables de plénitude. On est là, assommé.

Les moments de douceur dans ce monde de brut sont plutôt rares, mais « What I know », sombre et tout en retenu flaire bon la country alambiquée, fausse balade, calme et sincère. Le très pop 70’s « Palaces of Montezuma » est également rafraichissant, très Rolling Stones dans l’âme, ce titre est tout à fait plaisant avec un refrain entêtant que l’on fredonne par la suite sans même s’en rendre compte. Enfin voici venu (déjà) le dernier titre « Bellringer Blues » qui est pour moi tout bonnement un des meilleurs de l’album. Un post-blues endiablé qui prend aux tripes. Le psychédélisme est une nouvelle fois au rendez-vous, efficace et entêtant. La guitare embouée, la batterie embourbée et la basse flottant au dessus de cet amas dégoulinant. Les chœurs sont magnifiques et finissent l’apesanteur musical que l’on vient de subir.

Ces mecs sont moches, puent, et c’est bien ce que l’on aime. Dans une société où le superficiel, les stéréotypes du paraitre et de la soi-disant beauté dominent, ici nous faisons face à des vieux brisquards barbus et sales qui laissent émerger leur hargne et leur puissance dans une sincérité indéniable. Pour moi, la beauté, c’est ça.

Extraits:

Mickey Mouse And The Goodbye Man

Heathen Child (Live) (ou bien le clip, complètement taré)

Bellringer Blues